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Endorphines, sport et dépendance

Publié le par Briand Marius, Tristan Lanhellec et Rio Constance.

Endorphines, sport et dépendance

De nos jours, le sport est de plus en plus pratiqué et vanté pour ses nombreux mérites protégeant par exemple de nombreuses maladies telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires, etc...On retrouve également de nombreuses éloges sur le bien-être qu'il procure notamment par sa libération d'endorphines appelées communément "hormone du bonheur". Cependant une trop forte concentration de cette pratique peut également avoir des effets néfastes entrainant pour certains une addiction au sport qualifiée notamment par le terme de "bigorexie". Nous allons donc essayer de comprendre l'origine de cette dépendance et si celle-ci est dûe aux endorphines.

Pour cela ,nous étudierons plus précisément ce que sont les endorphines avec notamment leur production durant l'activité sportive et ses points communs avec une drogue telle que la morphine. Ensuite ,nous verrons la dépendance de celles-ci et ses différentes formes d'ordre physique et pychologique.

I/ L'endorphine ou hormone du bonheur

a) Généralités

L'endorphine est un neurotransmetteur peptidique opioïde endogène et une hormone (car secrétée par la glande endocrine).

C'est un neurotransmetteur car il transmet une information vers les synapses. Les neurotransmetteurs sont classés en fonction de la base de leur structure chimique.On distingue 3 groupes : les neurotransmetteurs de faible poids moléculaire, les neurotransmetteurs sous forme de gaz et les peptides. Ces-derniers sont caractérisés par plus d'une cinquantaine de chaînes courtes d'acides aminés à leur base. Ils peuvent être des hormones et jouent un rôle notamment dans la réponse au stress ou encore participent à la sensation de plaisir ou de douleur.

Dans cette catégorie se trouve la famille des opioïdes : molécule se fixant sur les récepteurs opiacés et ayant une action similaire à l'opium et à la morphine d’où se distinguent les endorphines. Celle-ci sont classées en 3 groupes : les enképhalines ( « dans l'encéphale » = dans le cerveau ou dans la tête ) , les endorphines et les dynorphines qui possèdent tous 4 acides aminés communs au niveau de leur extrémités.

Successivement Dynorphine A (Try-Gly-Gly-Phe-Leu-Arg-Arg-Ille), Met-Enképhaline (Try-Gly-Gly-Phe-Met) et Bêta-endorphine (Try-Gly-Gly-Phe-Met-thr-Ser-Glu-Lys-Ser-Gln-Thr-Pro-Leu-Val-Thr-Leu-Phe-Lys-Asn-Ala-Ille-Val-Lys-Asn-Ala-His-Lys-Lys-Gly-Gln)Successivement Dynorphine A (Try-Gly-Gly-Phe-Leu-Arg-Arg-Ille), Met-Enképhaline (Try-Gly-Gly-Phe-Met) et Bêta-endorphine (Try-Gly-Gly-Phe-Met-thr-Ser-Glu-Lys-Ser-Gln-Thr-Pro-Leu-Val-Thr-Leu-Phe-Lys-Asn-Ala-Ille-Val-Lys-Asn-Ala-His-Lys-Lys-Gly-Gln)Successivement Dynorphine A (Try-Gly-Gly-Phe-Leu-Arg-Arg-Ille), Met-Enképhaline (Try-Gly-Gly-Phe-Met) et Bêta-endorphine (Try-Gly-Gly-Phe-Met-thr-Ser-Glu-Lys-Ser-Gln-Thr-Pro-Leu-Val-Thr-Leu-Phe-Lys-Asn-Ala-Ille-Val-Lys-Asn-Ala-His-Lys-Lys-Gly-Gln)

Successivement Dynorphine A (Try-Gly-Gly-Phe-Leu-Arg-Arg-Ille), Met-Enképhaline (Try-Gly-Gly-Phe-Met) et Bêta-endorphine (Try-Gly-Gly-Phe-Met-thr-Ser-Glu-Lys-Ser-Gln-Thr-Pro-Leu-Val-Thr-Leu-Phe-Lys-Asn-Ala-Ille-Val-Lys-Asn-Ala-His-Lys-Lys-Gly-Gln)

Le terme endogène s'utilise lorsque la personne produit elle-même ces peptides. En effet, ceux-ci sont libérés au niveau de l’hypothalamus ( hypophyse ) et agissent soit sur le système nerveux central soit au niveau périphérique.

Dans les synapses ,ces acides aminés se fixeront sur les récepteurs opiacés µ, kappa ou delta. Il faut savoir qu'il n'existe pas un neurotransmetteur dans le système nerveux associé à un seul type de récepteur mais on peut tout de même remarquer certaines « affinités » . Ainsi, l'enképhaline se fixera surtout sur le récepteur delta mais aussi sur les récepteurs kappa et delta. La dynorphine se fixera de préférence sur le récepteur kappa en particulier mais également sur le récepteur mu. Enfin la bêta-endorphine produite très fortement lors d'une activité sportive dépendra en particulier du récepteur mu mais aussi du récepteur delta.

Les effets alors constatés sont nombreux: notamment des effets antalgiques (qui suppriment ou atténuent la douleur ), anxiolytiques (diminuent le stress), régulateur sur l'humeur et pour la bêta-endorphine des effets euphoriques.

Cette béatitude est la cause des nombreuses appellations de la bêta-endorphine décrite comme «l'hormone du bonheur » ou encore « l'hormone du bien-être ».

b) Production lors de l'actvité physique.

Nous allons nous intéresser particulièrement à la bêta-endorphine car c'est elle qui diminue la douleur et provoque cette sensation d'euphorie(par exemple lors d'un exercice physique d'environ 45 minutes après le début de la pratique). En effet, c'est à ce moment là que la sécrétion d'endorphine atteint son taux le plus élevé:jusqu'à environ 5 fois sa valeur au repos . Il faut cependant différencier les sports d'endurances comme la course à pied ou encore la natation qui secrètent plus fortement ces hormones prolongeant ainsi l'intensité de l'effort sur leur durée. Les autres sports tels que la danse ou la gym ne permettent pas de ressentir pleinement ces effets. Ainsi, on entendra plus souvent parler de "l'euphorie du joggeur."

La libération de ces neurotransmetteurs est tout d'abord faite par une stimulation du cortisol. Celui-ci, par l'intermédiaire des endorphines augmentera alors la libération de la dopamine .Il activera aussi le système de récompense en créant chez le sportif une sensation de plaisir et de bien-être en plus de l'effet euphorisant . Ainsi, on peut également constater que la bêta-endorphine impliquée dans la régulation de la douleur l'est également dans le système de récompense dopaminergique.

Quand les endorphines se fixent sur les récepteurs opiacés, une faible dose de Gaba est secrétée. Ce dernier se fixe sur les récepteurs Gaba et secrète de la dopamine ce qui induit la sensation de plaisir.

Quand les endorphines se fixent sur les récepteurs opiacés, une faible dose de Gaba est secrétée. Ce dernier se fixe sur les récepteurs Gaba et secrète de la dopamine ce qui induit la sensation de plaisir.

Les endorphines possèdent également des aspects négatifs. En effet, elles présentent de nombreux effets secondaires tels que vertiges, nausées, vomissements, maux de tête, etc ... C'est notamment pour cela qu'elles ne peuvent être utilisées comme analgésique dans les hôpitaux .Ces-derniers sont contraints à n'utiliser que leurs analogues pour traiter la douleur telles que la morphine.

c) Comparaison avec la morphine

La morphine est aussi un opioïde ( dérivée de l'opium). Elle se fixe sur les mêmes récepteurs opiacés que l'endorphine, notamment sur le récepteur µ et mime les actions de l'enképhaline et de la bêta-endorphine (effets analgésiques, euphoriques...). L'endorphine est d'ailleurs souvent associée à cet opioïde puisque son terme même est une abréviation de l'expression « morphine endogène ». En outre, on peut remarquer les similitudes que sa structure présente avec celle de l'enképhaline.

Similitude de la morphine (à droite) avec la Met-Enképhaline

Similitude de la morphine (à droite) avec la Met-Enképhaline

La morphine comme les endorphines influence le système dopaminergique en augmentant la production de dopamine et en créant des sensations de plaisir et de bien-être.

Cependant la morphine présente aussi des effets secondaires: constipations, dépressions respiratoires à forte utilisations. De plus, elle présente des propriétés addictives pouvant induire une forte dépendance physique et psychologic'est-à-dire une action provoquant une analgésie, ayant un effet euphorisant et provoquant progressivement une accoutumance et une dépendance). Pour résumer, c'est une drogue.

Nous pouvons donc supposer que l'endorphine par ses similitudes structurelles avec la morphine mais aussi par ses effets semblables provoquerait la même addiction que cette drogue. Mais pour renforcer notre hypothèse nous étudierons d'abord la notion de dépendance.

II/ La dépendance

La dépendance désigne une situation dans laquelle se trouve une personne qui ne peut plus se passer du produit sans ressentir un manque qu'il soit physique ou psychologique.Nous trouvons donc deux types de dépendance ; la dépendance psychologique et la dépendance physique.

a) La dépendance psychologique

La dépendance psychologique est aussi désignée par le terme d'addiction. Ce terme à de nombreuses origines, "addictus" en est l'un d'eux et signifie "esclave pour dette". Cependant on peut y voir dans tous une notion de contrainte).

Selon Goodman (1990) « l’addiction est un processus dans lequel est réalisé un comportement qui peut avoir pour fonction de procurer du plaisir et de soulager un malaise intérieur, et qui se caractérise par l’échec répété de son contrôle et sa persistance en dépit des conséquences négatives. »

Ainsi on peut voir que la dépendance psychologique chez une personne se traduit par une recherche incessante d'un produit ou d'une pratique, l'impossibilité de l'arrêter ou de la contrôler malgré toute la motivation possible.

On peut d'ailleurs retrouver cette attitude chez de nombreux sportifs qui témoignent ne plus pouvoir se passer de sport.

« Çà me fait vraiment du bien, çà m extériorise et pour moi c est un besoin, c'est devenu un besoin quotidien. »(témoignage du journal de 20h).

Ce bien être s'explique tout d'abord par l'action du système dopaminergique stimulée par la libération de cortisol et d'endorphines comme nous explique le schéma ci-dessous.

Endorphines, sport et dépendance

ll semble d'ailleurs pousser ces sportifs à la pratique d'une activité physique quotidienne, et beaucoup basent même leur emploi du temps en fonction de leurs heures de pratique. Cependant on peut dire que cette dépendance psychologique ne se résume pas qu'à cette sensation de plaisir due aux endorphines et à la dopamine et que divers autres facteurs interviennent. En effet, selon Velea (2002) l'activité sportive permet également une forte augmentation de l'estime de soi ( prise de conscience de ses capacité physique et endurance) et un constat des modifications corporelles ( par ex. chez les body builders).

Endorphines, sport et dépendance

Une dépendance psychologique s'instaure donc chez certains sportifs mais pas que puisque la dépendance physique y tient aussi une place importante.

b) La dépendance physique

La dépendance physique désigne le besoin qu'a le corps pour une drogue. En effet, en s'y habituant, il développe une tolérance et il aura par la suite besoin d'augmenter les doses pour obtenir les mêmes effets. S'il il ne le fait pas il ressentira un manque.

Pour la morphine par exemple, le patient peut développer une forte tolérance face à cette drogue. Par exemple, 100mg peut occasionner une sédation* profonde voire la mort lors d'une première consommation mais les personnes ayant développées une tolérance peuvent absorber jusqu'à 4000mg de morphine sans pour autant mettre leur vie en danger.

Chez le sportif, on retrouve également cette sensation de manque si l'activité n'est pas pratiquée dans la journée mais également un besoin irrépressible d'en faire toujours plus.

« J’enchaînais près de 25 heures de footing par semaine. Et cela me procurait un bien fou. Mais il m’en fallait toujours plus. » Alain, suivi depuis 7 mois par un psychiatre pour soigner sa dépendance.

Cela s'explique par une tolérance de la dopamine qui élève son seuil basal de sécrétion au fur et à mesure que sa production est sollicitée. Ainsi une personne devra sans cesse augmenter l'intensité de son entraînement pour obtenir des effets similaires aux fois précédentes. Si le taux de sécrétion de dopamine est inférieur au seuil basal alors la sensation de manque se fera ressentir.

A l'arrêt de la pratique beaucoup de sportifs éprouvent également des symptômes de sevrages (trouble du sommeil, humeur triste, angoisses...)

 « près d'un tiers des sportifs de haut niveau est contraint de subir une cure de désintoxication après l'arrêt de leur pratique sportive »« Corps, sport et dépendance »  Stéphane Abadie, Cerveau et psycho, juillet-août 2007

Ainsi, Une dépendance physique et psychologique au sport est possible. Cependant pour les personnes atteintes, cette dernière semble moins néfaste comparée aux autres dépendances (alimentaires ou autres).

Cette dépendance n'est par ailleurs pas due qu'aux endorphines bien que ces dernières y participent fortement.

En outre, depuis 1999 il est possible pour une personne sportive de vérifier si elle est dépendante ou non grâce à un test d'addiction ( présenté ci-dessous).

Running Addiction Scale (Champan et Castro, 1990)

  1. Je cours très souvent et régulièrement (+ 1)

  2. Si le temps est froid, trop chaud, s’il y du vent, je ne cours pas (- 1)

  3. Je n’annule pas mes activités avec les amis pour courir (- 1)

  4. J’ai arrêté de courir pendant au moins une semaine pour des raisons autres que des blessures (- 1)

  5. Je cours même quand j’ai très mal (+ 1)

  6. Je n’ai jamais dépensé d’argent pour courir, pour acheter des livres sur la course, pour m’équiper (- 1)

  7. Si je trouvais une autre façon de rester en forme physique je ne courrais pas (- 1)

  8. Après une course je me sens mieux (+ 1)

  9. Je continuerais de courir même si j’étais blessé (-1 )

  10. Certains jours, même si je n’avais pas le temps, je vais courir (+ 1)

  11. J’ai besoin de courir au moins une fois par jour (+ 1)

Bibliographie

Bryan Kolb et Ian Q. Whishaw. Cerveau et comportement. Neurosciences et cognition. De Boeck, 2008, 1013 pages. ISBN 978-2-8041-5561-2

M. Corcos, M. Flament et Ph. Jeannet. Les conduites de dépendance. Masson, 2003. 423 pages. ISBN 2-294-00849-9

Patrick Crettenand Phyréa. La course à pied peut-elle devenir une drogue ? [en ligne]. theWeb.ch , Juillet 2008, mis à jour le 11 janvier 2013 [consulté le 28/12/2012] disponible sur :http://www.theweb.ch/articles_sport/20080709_course_pied_drogue.php

Bruno Dubuc. Les molécules qui produisent la douleur [en ligne]. IRSC, Mis à jour le 7 janvier 2013,[consulté le 30/11/12]. Disponible sur: http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_03/i_03_m/i_03_m_dou/i_03_m_dou.html

Dr Claire Condemine-Piron. Addiction à l'exercice, une addiction au stress?.[en ligne] AMPD, mars 2010. [consulté le 21/12/12]. Disponible sur : http://www.chu-montpellier.fr/publication/inter_pub/R522/A7253/Addictionaustress.pdf

Valérie Caron Laidez, La dépendance à l'effort [en ligne].juin 2010, mis à jour en juin 2012 [consulté le 02/01/13]. Disponible sur : http://www.evolution4s.fr/documents/Evolution4S_dependance.pd

Priorité Santé Mutualiste, La dépendance au sport : une addiction comme les autres. In Youtube [en ligne], 22 juin 2012 [consulté le 20/11/13]. Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=heSSegsU2v0

MoroccanTriathlonTv, La bigorexie résume l'addiction au sport. In Youtube, 11 janvier 2013 [consulté le 26/01/13]. Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=cAg0IDubSp4

Chimie, biochimie et biochimie moléculaire 1ere année, Santé, omnisciences, 704 pages, de Bernard Sablonnière, dépôt légal : juillet 2010, ISBN : 978-2-916097-27-5

Biochimie Médecine-Sciences, Flammarion, 5eme édition, de Lubert Stryer, Jeremy M.Berg, John L.Tymoczko, ISBN : 2-257-17116-0

Drogues et dépendance - le livre d’information, de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, éditions Inpes, achevé d’imprimer en avril 2007, 2eme édition

-http://entrainement-sportif.fr/endorphine.htm (de Bruno Chauzi, Professeur certifié EPS hors-classe au lycée Picasso de Perpignan )

http://www.vulgaris-medical.com/encyclopedie-medicale/endorphine-definition-et-role (endorphine, définition et rôle) de vulgaris médical, encyclopédie médicale

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